Nos répliques

Au cours des siècles, la coutellerie française peut se flatter d’avoir été l’une des plus riches en matière de diversité et de raffinement. Le XVIIIe siècle coutelier voit la formidable explosion d’idées, de formes, de savoir-faire, de systèmes nouveaux. Il a fourni une base d’une richesse infinie au XIXe, bien moins inventif, mais qui développe une industrie qui lui donne les moyens de réaliser des pièces au fini incomparable et inconnu jusqu‘alors. Un trésor d’inspiration pour nous, mais un défi technique sans cesse renouvelé puisque, pour chaque couteau, nous devons nous réapproprier les savoir-faire particuliers qui font le caractère de ces pièces originales. Dans le paysage si lissé du monde coutelier d’aujourd’hui, nous avons souhaité faire connaître ce passé oublié, et rééditer les pièces les plus singulières. En voici quelques exemples.

Le Couteau d'amis

En vogue sous Louis XV, le Couteau d’amis suivait les aristocrates, nobles et bourgeois dans leurs déplacements. Réunissant deux couteaux en un grâce à un astucieux système de tenons et glissières, il permet à son détenteur d’en offrir une moitié à une personne choisie, le temps d’un repas. Le couteau ainsi partagé se transforme en une invite à la conversation ; grâce à lui, on part à la découverte de l’autre. Le couteau, de tout temps symbole de défiance et d’agressivité, devient alors un ciment entre les hommes, un prétexte à la rencontre, celui grâce à qui l’on se parle pour se connaître mieux, le symbole de la fraternité entre les hommes.

Deux demi couteaux, manche écaille de tortue et mammouth, rosettes à l'ancienne et filets argent,

gravure Bruno Casetto, ouvert 21 cm, fermé 11 cm.

Le Châtellerault Queue de poisson épargne

Couteau typique de la région de Châtellerault, qui fut un grand centre coutelier pendant tout le XIXe siècle, le modèle dit Queue de poisson est tout à fait représentatif des couteaux de chasse et autres couteaux poignards fermants en vogue à cette époque. Il se caractérise par sa lame à double tranchant, son système de fermeture à cran d’arrêt à mouche et son culot servant de poucette. Le manche, la lame et le dos du ressort de ce modèle présentent un décor brillanté, autrement dit une gravure à l’acide. Il s’agit d’une technique de décor à l’épargne appliquée à main levée au pinceau, souvent inspirée de magots chinois et de décors floraux.

Manche mammouth décor à l'épargne, lame et ressort gravés à l'épargne, cran d’arrêt à mouche,

ouvert 27 cm, fermé 14,5 cm.

Le Laguiole Tête de femme

Répliques de Laguioles réalisés à Thiers au cours de la première moitié du XXe par Nicolas Crocombette, un coutelier inspiré qui créa durant sa longue carrière nombre de couteaux en ivoire sculpté. Indéniablement, il est aujourd’hui devenu la figure emblématique de la ville de Thiers, alliant une grande créativité à l’intelligence de la main. Doué d’un sens artistique hors du commun, s’exprimant à travers de multiples facettes puisqu’il fut tout à la fois graveur, sculpteur, peintre et coutelier, il fit naitre en travailleur infatigable nombre de couteaux dont les Laguioles à tête de femme expriment peut-être le mieux son sens de l’esthétique.

Manche mammouth sculpté, mouche, ressort et lame guillochés et gravés, gravure Bruno Casetto,

ouvert 27 cm, fermé 15 cm.

Le Baron-bandit

Le Baron-bandit est la réplique d’un grand couteau du XVIIIe que nous pensons parfaitement adapté au banditisme du fait de sa forme bougrement effilée. C'est principalement à la fin du XVIIIe et surtout pendant la période de la Révolution française que le brigandage connaît son paroxysme. Les raisons en sont la pauvreté et le manque de ressources mais surtout, dans le cadre de la Révolution, l'opposition au pouvoir royaliste puis la défiance de quelques familles nobiliaires à l’endroit du pouvoir du Directoire. Les "barons-bandits" devaient encore détenir leurs anciens couteaux luxueux mais néanmoins redoutables pour s'attaquer aux commerçants ambulants ou pour rançonner les villes.

Manche mammouth, rosettes argent, lame et ressort guillochés, ouvert 30 cm, fermé 16,5 cm.

Le Tartare

Afin de rééditer cet accessoire typique du costume du XVIIIe, nous avons pris pour base de travail un type de garniture dit "à la tartare" ce qui implique l’utilisation de demi coquilles ciselées à chacune des extrémités du couteau avec rosettes intermédiaires. Nous situons ce modèle au début du XVIIIe où, après les guerres onéreuses de son arrière-grand-père, Louis XV ouvre la société au commerce et aux industries nouvelles. Les lois sévères et le rigorisme cèdent alors le pas aux plaisirs, et l’on est tout à la joie de vivre l’esprit tourné vers la recherche du beau. Les repas sont alors l’occasion de sortir de la poche sa dernière acquisition, un couteau à la Tartare !

Manche écaille de tortue et nacre blanche, rosettes à l'ancienne et filets argent, ouvert 22 cm, fermé 11 cm.

L’Étui de violon

C’est le Nogentais Émile Drouot qui fut, dans la seconde moitié du XIXe, à l’origine de la forme si particulière de ce couteau, dite en étui de violon. Typique de la coutellerie de Nogent du milieu du XIXe, à la pureté de ses lignes s’ajoute l’habillage tout en nuance des rosettes, des mitres et du ressort guillochés main. Juste ce qu’il faut d’élégance pour mettre en valeur sa fine lame particulièrement fonctionnelle. Également apprécié par les hommes et par les femmes, ce couteau luxueux, comme la quasi-totalité de la production nogentaise, était destiné à rejoindre les vitrines cossues des riches boutiques parisiennes.

Manche mammouth, rosettes à l'ancienne, lame gravée, ressort et lame gravés ou guillochés, gravure Bruno Casetto, ouvert 19 cm, fermé 10 cm.

Le Châtellerault Serpent lame damas

Couteau typique de la région de Châtellerault, le modèle dit Serpent se caractérise par son système de fermeture à cran d’arrêt, son culot servant de poucette et sa forme nonchalante qui lui donne un air très original. Châtellerault fut d’abord un grand centre d’armes à feu, mais les passerelles se sont vite formées entre la Manufacture d’armes et la coutellerie fermante. Lorsque le travail manquait, les ouvriers armuriers cherchaient à s’en procurer dans les fabriques de coutellerie, et réciproquement. Ceci explique la production très orientée chasse des pièces de Châtellerault. Et l’utilisation d’acier damas que l’on retrouve sur les canons de fusil.

Manche écaille de tortue, ressort et lame gravés, lame damas, gravure Bruno Casetto, o. 25 cm, f. 14 cm.

Couteau typique de la région de Châtellerault, le modèle dit Serpent se caractérise par son système de fermeture à cran d’arrêt, son culot servant de poucette et sa forme nonchalante qui lui donne un air très original. Au début des années 1830 et jusqu‘aux années 1860, la construction des usines fabriquant des couteaux s‘est développée à Châtellerault. Sa coutellerie avait alors une réputation de belle qualité, les modèles étaient parfaitement ajustés et d’une grande inventivité de formes, agrémentées de mécanismes variés. Ainsi il n’était pas rare de trouver des décors singuliers, faits par un ouvrier adroit et imaginatif, tel ce cloutage d’or soulignant la ligne fluide du Serpent.

Manche mammouth clouté d'or, ressort et lame gravés, gravure Bruno Casetto, ouvert 25 cm, fermé 14 cm.

Le Châtellerault Serpent piqué d'or

Le Capucin

A l’origine du couteau dit "à la Capucine" est le couteau fermant à clou unique, encore appelé couteau jambette ou Dauphine, avant de devenir le Capucin quand il gagna un clou supplémentaire. Pour le rééditer, nous avons remodelé quelques volumes, tendu un peu plus certaines lignes et intégré un système de cran d’arrêt à pompe avant, de manière à concrétiser l’idée du projet : imaginer ce qu’aurait pu être un couteau "à la Capucine" de luxe, destiné à une clientèle prestigieuse du XVIIIe. Le résultat est donc ce couteau que nous avons voulu très sobre dans sa décoration et la garniture du manche pour laisser une place prépondérante aux sensations tactiles.

Manche mammouth, médaillon or gravé, ressort et lame guillochés, ouvert 24,5 cm, fermé 12 cm.

Le Fruitier

Création d’un petit couteau dans l’esprit des modèles fruitiers anglais du XIXe. Le manche en écaille de tortue sur fond de feuille d’or présente une sculpture très délicate et un décor composé d‘incrustations et de mitres d‘argent. Les fruitiers du XIXe fabriqués à Sheffield en Angleterre disposaient souvent de lames en métal précieux, or, argent ou vermeil qui permettaient de déguster des fruits sans le goût désagréable que laissait en bouche une lame en acier carbone. Sur notre Fruitier, nous avons préféré réaliser une lame en acier inox d’aujourd’hui, bien plus tranchant et polyvalent que l’argent ou l’or.

Manche écaille de tortue sculptée, incrustations d’argent, ressort et lame guillochés,

ouvert 18 cm, fermé 10 cm.

L'Yssingeaux

Fabriqué par des artisans thiernois depuis la fin du XIXe, l’Yssingeaux (Haute-Loire) a certainement été créé à la demande d’un commerçant de ce siècle qui l’a diffusé par la suite sous le nom de sa région d’origine. Cette réplique est inspirée d’un modèle anonyme du musée de la coutellerie de Thiers, qui se caractérise par ses lignes fluides et son côté terroir tout en rondeurs. Cet Yssingeaux diffère des pièces réalisées en ivoire d’éléphant au XIXe puisque le matériau qui compose son manche est l’ivoire de mammouth clouté d’or. Les défenses de mammouth ont séjourné plusieurs dizaines de milliers d'années dans les tourbières gelées de Sibérie.

Manche mammouth clouté d'or, mouche, ressort et lame guillochés, ouvert 23 cm, fermé 12 cm.